Héro pleine largeur, trois cartes, une bande de chiffres, un formulaire, un pied de page en quatre colonnes. Toujours. Quel que soit le métier, quel que soit le client, quelle que soit la couleur. Ces pages sortaient d’un générateur que je construis depuis juin 2026 pour proposer à un client la refonte de son site, en plusieurs directions artistiques.
Pendant des semaines, j’ai corrigé les mauvaises choses. Une couleur un peu terne, un espacement trop lâche, une ombre de trop. Le proto ressortait plus propre et toujours aussi reconnaissable. Le problème était dans ce que je ne regardais plus : la forme d’ensemble.
La répétition se juge à trois échelles
À l’échelle de la page, c’est la macrostructure : six sections qui se suivent sur le même motif. À l’échelle de la répétition, c’est deux sections consécutives bâties sur le même gabarit. À l’échelle du bloc, c’est une section qui aligne N entrées au même poids, un tableau déguisé en design.
Les trois sont indépendantes, et c’est pour ça qu’elles passent. Une page peut être variée dans son ensemble et empilée en cartes à l’intérieur. Mon fichier de règles, anti-slop.md, a fini par se découper exactement là-dessus, parce que trois vagues de correctifs se rataient les unes les autres. Le premier paragraphe juge la page, le deuxième la répétition, le troisième le bloc.
Le jour où j’ai ajouté le troisième, les deux premiers étaient au vert et la section « prestations » restait illisible : huit rangs au même poids, dont deux entrées de deux mots. La note d’intention disait honnêtement « index de prestations en lignes, chaque service sur un rang ».
La carte est le conteneur paresseux
Une rangée de cartes identiques, icône puis titre puis texte, répétée section après section.
Prise isolément, une rangée de cartes est une composition parmi d’autres. Répétée, c’est une renonciation : le générateur a cessé de décider de la forme de chaque section et a appliqué le conteneur par défaut.
La règle qui a fini par tenir : une section, une composition. Si deux sections consécutives sont deux rangées de cartes du même gabarit, l’une des deux est à réécrire, en liste dense, en bande pleine largeur, en alternance texte-visuel, en colonne éditoriale.
Le seuil est comptable. Deux sections en cartes du même gabarit, bloquant. Une seule, rien à dire. C’est ce qui rend la règle applicable par une machine sans qu’elle se mette à surcorriger.
Ce qui est entré dans la liste, et pourquoi
Chaque entrée vient d’un cas réel.
Le tiret cadratin. Il ne se tape sur aucun clavier courant. Sa présence dans le texte d’un site signe la génération. Deux-points, virgule, point ou parenthèses portent la même nuance sans la trahir. C’est devenu une erreur de lint.
L’italique sur un titre. Le signe typographique le plus fiable après le cadratin. Tous les titres sont romains. Pour distinguer un titre : le poids, la couleur, la taille, un filet.
Le bandeau de chiffres-clés. Trois boîtes gros chiffre sur petit label, « 20+ ans », « 100 % », « 48 h ». C’est un gabarit reconnaissable. Quand les chiffres réels du client méritent d’être vus, ils s’intègrent à une phrase ou à une frise propre au métier.
La numérotation décorative, 01 puis 02 puis 03 devant des étapes. Le lecteur sait compter, l’ordre est déjà porté par la mise en page, et le compteur vole la place du titre. On numérote quand le numéro sert ailleurs, dans une référence citée ou dans un process dont le client parle en « étape 3 ».
Le surtitre systématique, cette petite capitale trackée au-dessus de chaque section. Employé une fois, pour ce qu’il signale, c’est un système. Partout, c’est une grammaire qu’on n’a pas choisie.
Chacun de ces constats se vérifie sur une capture, par quelqu’un qui n’a pas écrit la page. C’est ce critère qui a fait entrer une règle dans la liste, et sorti les autres.
Avoir raison dans les unités du système
La cible tactile d’un bouton de menu doit faire 44 px, en valeur absolue, jamais un jeton de l’échelle. Parce que l’échelle est fluide, et que le jeton nommé « 48 » retombe à 30,5 px sur un écran de 390 px de large. Le signe dessiné, lui, reste à 24 px : le confort du doigt ne dicte pas la taille du dessin.
Une consigne juste dans son intention, « gros bouton », donne un résultat faux si le système qui l’exécute a ses propres lois.
Et la limite de tout ça
Mon fichier se termine par dix questions auxquelles le générateur doit répondre oui avant de rendre son travail. Un seul non, il corrige avant de conclure. Ça marche, partiellement.
Un générateur qui s’auto-évalue sur son propre code répond aux dix questions à partir de ce qu’il a voulu écrire, pas de ce qui s’affiche. Il coche « macrostructure distincte » parce qu’il l’a énoncée dans sa note d’intention. La note est sincère et la page est générique.